CYRIL TALON, la contremarche


  • Après la déconstruction, après la radicalité avant-gardiste du XXe siècle, après l’orgie qui a suivie, après la possibilité du suicide, aujourd’hui, époque au bord du nihilisme ou du communitarisme extrémiste, il faut faire l’équivalent de la « renaissance ».

    Car s’il faut être rebelle pour créer quelque chose de nouveau, contre l’opinion, contre la doxa, contre les pré-jugés, contre les habitudes, contre ses propres habitudes et ses préjugés, contre le monde tel qu’il est ; le critiquer, lutter pour le changer ; il faut aussi et surtout « faire », et « bien » faire et faire « beau » et faire « juste », soit composer, tendre vers une harmonie, vers un dessein.

    Pour autant, il ne faut plus seulement se référer à l’antique, mais plutôt faire à partir et avec le néant et surtout avec la radicalité avant-gardiste du XXe siècle.
    Car même si nous devons reconsidérer l’antiquité avec attention, la renaissance et les lumières avec attention, pour nous ressourcer et tendre vers quelque chose d’aussi éclairé, il ne s’agit pas de faire comme avant, il ne faut pas de retour à l’ordre, pas de retour à l’idéal, pas de retour à l’antique, pas de retour à la transcendance, accusons aussi l’échec du fonctionnalisme, celui du post-modernisme, ou encore de la nouvelle figuration.
    Il faut faire depuis et avec les radicaux eux mêmes, en les bouleversant, en synthétisant, en les questionnant, à la manière d’un Raphaël , ou à la manière d’un Cézanne en espérant en sortir quelque chose de supérieur.

    Les avants-gardes du XXe étaient, avant tout, des rebelles, mais ils croyaient eux aussi au beau, ils étaient en se sens encore grecs, voyez Corbu avec le modulor et son rationalisme, Wright avec la géométrie descriptive et son ornement, Kandinsky avec les résonances intérieures des couleurs, même Duchamp avec 8 années à travailler son grand verre; ils restent "classiques".

    Quant à nous, nous avons la chance d’avoir un peu de recul historique, de pouvoir prendre de la distance, de critiquer ceux qui les suivis dans la seconde partie du XXe siècle ; nous considérons que nos grecs, nos classiques, sont ces avant-gardes.

    Pour reformuler, pour reconstruire, restons ouverts à tous les possibles, comme l'étaient les avants-gardes, mais faisons-nous Ariane, c'est-à-dire tissons le fils pour nous y retrouver dans ce dédale de possibles.

    Que notre époque soit la plus grande synthèse entre Apollon et Dionysos, en sachant que Dionysos reste le grand apport, la grande découverte de la modernité, mais en redécouvrant Apollon, en réinventant Apollon qui ne peut plus être platonicien.

    Nous espérons que des projets comme ceux de la bibliothèque de Stockholm, de la plage de Copenhague, du centre de la Courneuve et du forum des Halles qui s'inspirent de la déconstruction, la digère pour arriver un nouvel équilibre.

    Cyril Talon 1 mars 2007