ATELIER TIMUR ERSEN

  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Maquette 1/100
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Axonométrie du projet
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Perspective de l'espace de dégustation
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Axonométrie constructive: murs et arches en pierre massive (tuf), partie supérieure en pisé, poutres en bois, isolation en pierres ponces locales.
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Paysages locaux de la Cappadoce
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Carte des ressources locales utilisées pour le projet
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.
  • Maison des Vins Argos - Chai viticole en pierre massive et terre crue (pisé et adobe)
    Expérimentations du pisé, des abobes et des briques de terre/paille
    Accueil du public 
    Projet annulé
    (999 - Étranger)
    47 rue de l'hôtel de Ville
    26400 Crest
    France métropolitaine
    Architecte(s) associé(s) :
    Argos (Asli Özbay)
    Maître d’ouvrage :
    Argos Winery
    Construire sur la Lune
    Situé au beau milieu de l’Anatolie, la Cappadoce est une région visitée par des millions de touristes venant du monde entier. Ses paysages lunaires faits de tufs et d’argiles ont été sculptés par l’érosion au fil des âges. C’est une région également reconnue pour ses poteries.

    Atelier nomade
    De nombreux architectes ont publié des manifestes à différentes époques tentant d’élaborer des principes, des visions engagées. Un des ces manifestes m’a beaucoup inspiré dans la démarche entreprise dans ce projet comme dans La Apoteka au Mexique. Cet architecte s’appelle Laurie Baker et voici son manifeste s’adressant aux architectes (manifeste à trouver sur cette page:)
    Le projet de la Maison des Vins d’Argos a été l’occasion d’appliquer de nombreux principes et d’exprimer un engagement total dès le processus, dès la formulation du programme, la recherche des matériaux, des savoir-faire et des ressources locales. L’atelier s’est donc tout naturellement installé dans un village près du site.

    Micro-village
    La Maison des Vins d’Argos accueille un espace de dégustation de vins ouvert sur la route et sur les vignes, des sanitaires, un atelier pour les outils et une maison pour les vignerons. Ces 4 volumes s’organisent autour de rues sinueuses ne laissant aucune perspective traversante incitant l’utilisateur à déambuler comme il est appelé à le faire dans les villages de Cappadoce.

    Moitié-Moitié
    Les villages alentours comptent encore de nombreux bâtiments en adobe ou Kerpiç en turc(briques de terre crue moulées et séchées au soleil). Cependant, le savoir-faire et la demande ont disparu comme partout dans le monde où l’industrialisation et le béton de ciment sont arrivés avec leurs illusions et leur symbolique. Désormais, que l’on se trouve dans la jungle mexicaine, dans les vallées anatoliennes ou au coeur de Paris, on construit de la même manière : structure en béton armé avec remplissage parpaings, briques ou béton cellulaire. Ces matériaux sont énergivores, ne sont pas locaux et participent de l’appauvrissement de la qualité des architectures que cela soit au niveau du confort intérieur, de l’esthétique ou du développement et de la survie de l’artisanat. Ces matériaux participent également à la création d’une oligarchie, concentrant l’argent donc le pouvoir dans les mains d’un petit groupe.
    Il est question ici d’analyser les ressources locales, les savoir-faire et de composer une architecture contemporaine durable avec ce qu’on trouve sur place. Après quelques semaines d’analyse, d’expérimentations et de conception, nous avons réussi à concevoir un bâtiment dont 70% des matériaux proviennent d’une zone de 35km autour du site du projet. Ainsi, les murs porteurs sont en terre et en pierre. Afin de concilier la beauté du savoir-faire de la taille de la pierre qui demeure encore dans la région et l’abondance de terre, nous avons conçu un sous-bassement de 240 cm de haut en tuf sur lequel reposent les 4 volumes de terre. Ce mur de tuf porteur est percé d’ouvertures en arche comme il est courant de voir dans les villages alentours. Seule la maison des vignerons comporte un étage. L’espace principal de dégustation est en pisé alors que les trois autres volumes sont en adobe, permettant de séparer en plusieurs équipes le chantier et permettant de démontrer le potentiel de ces 2 techniques.

    « Archisan »
    Notre atelier a pu ici continuer d’expérimenter la double casquette d’architecte/artisan. Effectivement nous avons mené en parallèle la conception du projet architectural, les expérimentations des matériaux, la construction en adobe, en pisé et l’élaboration de briques d’isolant terre/paille.
    Concernant le pisé, nous avons opté pour le détail ambitieux de ne pas avoir de débord de toiture ni d’enduit de protection donc de le laisser face aux intempéries et à sa propre érosion. C’est pour l’élaboration du mélange de pisé que nous avons fait appel à Martin Rauch avec qui, durant deux jours sur site, nous avons élaboré un mélange de cailloux, graviers, terre du site, terres environnantes et argile de carrière. Nous avons également conçu les plans de coffrages, les systèmes d’échafaudages, de malaxeurs, de transport de la terre, etc.

    Le ciment c’est de l’or
    Il parait improbable en France désormais de proposer des fondations autres qu’en béton-armé. En Turquie, et en particulier dans la Cappadoce qui n’est pas en zone sismique, nous avons pu faire accepter nos fondations en pierre. Le propos n’est pas de condamner un matériau mais son utilisation excessive et presque automatique.
    Le ciment est une invention magistrale et un matériau magnifique aux performances uniques. Sa production est catastrophique niveau dépenses d’énergies fossiles et pollution. Il est donc primordial de l’utiliser avec parcimonie, aux endroits stratégiques du bâtiment.

    Le BTP (Bois Terre Pierre)
    L’écologie des dernières décennies semblait prendre le chemin de la technologie comme alternative salvatrice. Cependant, il y a des choses que la technologie ne changera pas. Sur cette planète, pour la construction de nos abris, il y a principalement de la terre, de la pierre et du bois disponibles directement sans transformation (cuisson, traitement chimique, etc.). Pourquoi transformer ces matières lorsque l’on peut construire directement avec ? Ces matériaux utilisés depuis que l’homme se construit des abris sont adaptables et ont été adaptés en fonction des climats, des techniques, des traditions, des savoir-faire ou des cultures.

    Main d’oeuvre/Matière
    L’architecture contemporaine a du mal à réintroduire ces matières dans ses projets pour différentes raisons :
    Premièrement, l’imaginaire autour de ces matériaux est péjoratif: pauvre, ancien, sale, friable, fragile, hippie.
    Cet imaginaire changera à chaque projet phare, au design raffiné et contemporain (cf Maison de Martin Rauch)
    Deuxièmement, les artisans qualifiés ayant disparu sans léguer leurs connaissances aux jeunes générations peu de demandes peuvent être satisfaites.
    Troisièmement, le système éducatif ne crée pas les artisans de demain mais fabrique des « soldats » du monde industriel. Il faut voir ce que l’on enseigne dans les écoles du bâtiment : murs en parpaings, briques, béton, placo. Comment peut-on prétendre à un changement lorsque dès le départ on pousse les futurs constructeurs à consommer les produits des grandes sociétés sans enseigner les alternatives.
    Dernièrement, l’argument principal contre les techniques telles que le pisé par exemple, c’est son coût. La question est complexe car il y a des solutions pour contourner le problème. Effectivement, en Europe en particulier, les techniques qui demandent du temps donc de la main d’oeuvre, sont extrêmement chères. Un système de charges et de taxes absurde est la cause de cela. Absurde car elle fait de chaque chantier une situation dénuée de bon sens. Les matériaux d’excavations, souvent de la terre, pourraient être utilisés dans la construction du bâtiment. Cependant, il coûte moins cher de payer des camions pour transporter cette terre dans des décharges de plus en plus submergées et de faire venir des matériaux de l’extérieur pour construire ce que l’on aurait pu faire avec cette terre excavée. La logique derrière est bien de favoriser la consommation de produits industriels. Afin de résister et d’insister pour l’utilisation de ces techniques et matériaux locaux, il faut continuer à les proposer, à les utiliser au maximum, soit pour des clients qui ont les moyens, soit à travers des chantiers citoyens pour ceux dont le budget est plus limité. L’auto-construction ainsi qu’un développement des techniques comme la préfabrication, peuvent permettre de réduire les coûts.